Qui veut tuer la location ?

Trouvé : logement bon marché, bien situé, toutes commodités, spacieux, avec belle hauteur sous plafond !

Évidemment, je plaisante. Ça n’existe pas. Ou alors, il faut connaître la personne qui connaît la personne qui attribue les quelques très rares, très beaux et très convoités logements sociaux situés en centre ville (un conseil si vous souhaitez faire partie de ce petit cénacle : faites de la politique, ça fonctionne plutôt bien).

Pour bien se loger, il est aujourd’hui nécessaire d’y mettre le prix. Que ce soit en location ou en accession à la propriété d’ailleurs. En fait, ce n’est pas exactement la même chose : les aides à la location sont aujourd’hui bien moins importantes que les aides à l’acquisition.

Des aides dirigées vers l’acquisition au détriment de la location

Si vous êtes locataires et que vous avez la chance de répondre à tous les critères nécessaires vous pourrez alors bénéficier d’une aide personnelle au logement (l’APL ou l’AL). Vous étiez 26% à avoir cette joie en 2000, mais plus que 22% en 2008 parmi l’ensemble des ménages (comme le rapporte l’économiste Michel Mouillart). Et cette baisse s’explique directement par la diminution de l’effort de la collectivité qui a consacré 0,92% du PIB à ces aides en 1999 contre 0,76% en 2008.

A l’inverse, les aides à l’accession immobilière se sont considérablement renforcées : principalement par l’intermédiaire du doublement du prêt à taux 0% dans le neuf. Imaginez, vous achetez en couple avec un enfant en Ile de France pour la première fois un logement neuf : ce sont 50 000 € de prêt sans intérêt que vous octroie l’Etat. Magnifique ! Grâce à cela vous économiserez environ 100 € chaque mois sur vos mensualités de crédit sur 15 ans (soit 18 000 € de coût en moins).

Et ce n’est pas tout : il y a aussi la déductibilité des taux d’intérêt sur vos impôts, des aides locales (municipales ou régionales), le coup de pouce du 1% Logement, et même d’autres aides si vous réalisez en prime des travaux d’économie d’énergie.

Alors, pas de problème, non ? Nous verrons… Mais avant de voir, un premier constat : si les jeunes ont tant de difficultés à se loger (je ne parle même pas des jeunes « de banlieue » qui sont quasiment assignés à résidence chez leurs parents), c’est aussi parce que les aides à la location sont fortement désavantagées par rapport aux aides à l’acquisition. Est-ce normal ?

Et pourtant, il paraît qu’il existe un vieux principe en France qui prône le « libre choix » par chacun de son mode de logement.

Ce principe serait censé continuer à guider nos politiques publiques. La « France de propriétaires » du Président Sarkozy n’est pas nécessairement du même avis. Mais qui s’en plaindra ? Il est vrai que l’aspiration à devenir propriétaire est très largement répandue. La location est plus souvent une contrainte qu’un véritable choix.

Mais est-ce une raison suffisante pour diminuer les aides à la location ? Car, entre le « désir de » et la « capacité à », il y a un monde de strates de revenus. Toute acquisition sera probablement particulièrement difficile si vous n’avez pas un revenu supérieur à 1 600 € / mois ou un apport de plusieurs dizaines de milliers d’euros. Évidemment, vu comme ça, cela fait tout de suite beaucoup de monde à loger en location : 50% des ménages gagnent moins de 19 000 € en France.

Il est certes bel et bon d’aider les français à réaliser leur rêve de propriété, mais cela ne doit pas se faire au détriment de leur besoin immédiat : se loger en location sans y consacrer une part démesurée de leur revenu.

Mais comme rien n’est simple, il est possible que les aides versées aux locataires contribuent directement à renchérir les loyers et finissent par conséquent dans la poche des propriétaires…

Bon, on vise quoi alors ? Si vous avez des idées…

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