Archive pour janvier 2010

Bye bye le 1% Logement ?

Mercredi 20 janvier 2010

Le budget du logement baisse légèrement.

On nous dira que ce léger désengagement est compensé par une contribution fortement aiguillée du 1% Logement. Mais cette évolution n’est pas anodine : voici ce qu’en dit le rapporteur sur le projet de loi de finance 2010 du Sénat :

« Le « 1 % logement » devra prendre en charge financièrement les interventions de l’ANRU et de l’ANAH au titre de l’amélioration du parc locatif privé et de la rénovation urbaine. Votre rapporteur pour avis s’inquiète de voir le « 1 % logement » se substituer totalement à l’État dans le financement de l’ANAH. »

Cette dernière évolution est en effet préoccupante : elle contribue à désengager l’Etat en lui substituant le 1% Logement, tout en affichant un maintien « factice » de l’effort global dédié au logement. Près d’un tiers des ressources du 1% Logement sont maintenant fléchées vers des activités imposées par l’Etat. Or, ces ressources étaient bien entendu utilisées auparavant sur d’autres actions de soutien (souvenez-vous par exemple du prêt Pass Travaux maintenant défunt du fait de cette réorientation). Le désengagement est donc bien réel et se traduit par la disparition d’aides qui étaient préalablement distribuées par le 1% Logement.

L’Etat a ainsi prévu que le 1% contribue au financement de l’ANRU (Agence Nationale de Rénovation Urbaine), l’ANAH (Agence Nationale de l’Habitat), du Pass foncier (qui permet de payer la construction avant de payer le terrain), du PNRQAD (Programme National de Requalification des Quartiers Anciens Dégradés) et de la GRL (Garantie des Risques Locatifs). Cette modification de l’utilisation des fonds du 1% Logement a un impact majeur : la majorité des fonds qui seront octroyés par le 1% Logement, le seront sous la forme de subventions, alors que jusqu’ici le 1% Logement octroyait des prêts remboursables qui lui permettaient de renouveler ses ressources. Ce ne sera plus le cas. Le président de l’UESL (Union d’Économie Sociale pour le Logement, qui regroupe les organismes du 1% Logement), Jérôme Bédier, l’a dit lui-même lors du conseil d’administration de l’UESL, le 2 décembre : « l’avenir de notre mouvement (Action Logement) ne peut pas être assuré dans les conditions actuelles ».

Alors, bye bye le 1% Logement ?

L’Etat n’est pas rationnel quand il s’agit de dimensionner le budget du logement

Mardi 12 janvier 2010

L’augmentation du budget dédié au logement est un investissement rentable pour l’Etat, car le logement rapporte plus qu’il ne coûte : 31,1 milliards de prélèvements fiscaux et parafiscaux contre 21,7 milliards de dépenses en 2008 selon la secrétaire nationale au logement du PS, Mme Nathalie Perrin-Gilbert. Il ne s’agit pas là d’une polémique politique : un économiste reconnu du logement, M. Michel Mouillart, dit exactement la même chose.

Pourtant, malgré les effets d’annonce, l’Etat ne consacre pas de moyens supplémentaires au logement. Citons le rapporteur du Sénat sur le projet de loi de finance 2010 :

« Selon le projet annuel de performances, la politique du logement mobilise pour 2010, 6,98 milliards d’euros en autorisations d’engagement, soit une hausse de 4,7 % par rapport à 2009 [...]. Votre rapporteur pour avis observe que cette hausse est essentiellement due à l’augmentation des aides personnalisées au logement [...]. Cela tient en large partie aux effets mécaniques de la crise économique [...].

Votre rapporteur pour avis observe à cet égard, qu’en retirant les aides personnalisées au logement du périmètre de l’enveloppe budgétaire totale des crédits consacrée au logement, il n’y aurait en réalité aucune augmentation de ce budget et même, pire, celui-ci accuserait une légère diminution. »

Mais que fait donc un gouvernement supposé libéral, et donc convaincu de la pertinence de choix économiques « rationnels » ? Vite, construisons plus pour gagner plus !

La mixité sociale c’est tellement compliqué

Jeudi 7 janvier 2010

Un beau et grand sujet de réflexion : la mixité sociale dans nos logements.

Je ne sais pas pour vous, mais je trouve que ce thème est à la fois redoutable et passionnant. Juste un petit tour d’horizon de quelques questions :

  • C’est quoi la mixité sociale ? 50% de riches et 50% de pauvres ? ou 20% + 80% ? et c’est quoi un riche et un pauvre ? ou alors peut-être qu’il faut 10% de personnes de chaque tranche de revenus ? Mais le revenus n’est peut-être pas le seul ou le bon critère : et l’origine ethnique ? ou la confession religieuse ? ou l’obédience politique ? pour éviter les ghettos bien sûr…
  • Comment mettre en place la mixité : au niveau du département, de la ville, du quartier, de l’immeuble, ou même de l’étage ?
  • Faut-il mettre en oeuvre la mixité « dans les deux sens » ? Par exemple, en ouvrant les HLM aux catégories sociales moyennes et supérieures (car on ne peut pas dire que la mixité soit très forte dans les logements sociaux…) ?
  • Mais au fait, quels sont les objectifs que vise la mixité ?
  • Est-ce que la mixité est efficace ?
  • L’entre-soi n’est-il pas spontanément recherché par tout le monde, quel que soit le niveau social ? Qui ne souhaite pas un minimum de sécurité pour soi et sa famille, de bonnes écoles pour les enfants, pas trop de violence et d’incivilités ? La mixité ne contribue-t-elle pas à mettre en risque ces différents points ?
  • La proximité culturelle contribue aux solidarités, aux liens et aux échanges : cette proximité ne sera-t-elle pas mise à mal par la mixité sociale ?
  • Au nom de quoi imposer la mixité à des personnes qui ne la souhaitent pas ?
  • Et enfin, quelle est la meilleure façon pour avancer, pour mettre en oeuvre la mixité ? Est-ce que l’article 55 de la loi SRU est efficace ? N’y a-t-il pas autre chose à faire ?

Allez, je m’arrête là.

Peut-être qu’il existe déjà des réponses, des études sérieuses et profondes qui peuvent éclairer toutes ces questions. Ah, ce serait tellement bien…

Politique du logement d’urgence : y a-t-il assez de places d’hébergement pour les sans-abris ?

Mercredi 6 janvier 2010

C’est ce que prétend le Secrétaire d’Etat au logement, M. Apparu, lors d’une émission le 22 décembre sur France 5, lorsqu’il compare le nombre des places disponibles (108 000 toute l’année), et qu’il vante qu’il n’y a aucun refus pour les appels au Samu social (le 115), alors que le nombre des sans-abris est estimé à 100 000.

Selon lui toujours, le plan d’humanisation a fonctionné : 2% de dortoirs, et 60% de chambres individuelles ou à deux.

J’avoue rester perplexe face à ces chiffres :

  • Cela ne cadre pas avec ce que tout le monde peut voir dans les rues : j’ai l’impression de croiser toujours plus de sans-abris, même en hiver
  • Comme je l’indiquais dans un précédent article sur les SDF, une enquête sur la région lyonnaise menée en septembre 2008 a montré que 87% des personnes qui devraient bénéficier d’un hébergement n’en ont pas fait la demande ou n’ont pas reçu de réponse adéquate : cf. Plus aucun SDF en France ! Il est très peu probable que la situation se soit sensiblement améliorée en si peu de temps alors que les budgets alloués n’ont pas évolué sensiblement

Mais alors, d’où vient le décalage ? Les places disponibles seraient-elles non utilisées, mal situées par rapport à la demande, ou alors utilisées mais par d’autres publics qui ne sont pas recensés dans les 100 000 SDF ?

Mystère…

Lire aussi :

Le vice de l’idéal au détriment des sans-abris

Financer un programme ambitieux d’aide aux sans-abris