Archive pour la catégorie ‘Location’

Comment faire des économies sur le dos de l’APL sans avoir l’air d’y toucher

Mardi 3 août 2010

Les temps sont durs, les caisses sont vides, et il est nécessaire, vital et impératif de faire des économies. Vite ! Maintenant !

Où trouver de l’argent ? Entrez donc par ici, le logement est toujours bonne poire

Tout le monde doit s’y mettre. Alors, pas de chasse gardée (elles ont été supprimées par notre président économe en chef). Le logement donc. Ah, quel bonheur. Rendez-vous compte, un poste de dépenses aussi conséquent, c’est presque trop facile. Il suffit de se baisser pour ramasser quelques petits milliards.

Bon, d’accord, il ne faudrait tout de même pas avoir l’air de vouloir laisser croire que peut-être le gouvernement n’est pas aussi persuadé qu’il devrait l’être que le logement est une priorité nationale loin devant de nombreuses autres priorités bien moins importantes et dont on se demande même pourquoi un tout petit ministre a eu l’idée saugrenue de vouloir un jour les financer avec du bon argent rare de l’Etat.

Soyons discret. Mais des économies que diable !

Il ne faut pas mollir devant l’obstacle ! Et c’est là que le génie du président Sarkozy donne sa pleine puissance. Notre président a un don. Il sait reconnaître la valeur cachée dans les replis les plus obscurs pour choisir ses ministres.

Voici donc M. Baroin, ministre du Budget, des Comptes publics et de la Réforme de l’Etat. Oui, génial. Et pourquoi ? Ah, mais je vous laisse deviner. Un indice tout de même : M. Baroin vient d’annoncer (le mardi 7 juillet 2010) qu’il souhaitait que l’Aide Personnalisée au Logement (APL) soit limitée aux étudiants dont les parents renonceraient à la demi-part fiscale dont ils bénéficient pour enfant à charge.

Alors, convaincu ? Allez, je vous aide :  n’allez pas croire que ce projet vise à faire des économies en supprimant l’APL qui permet à tant d’étudiants de se loger alors que les jeunes – la plupart assignés à résidence chez leurs parents – sont les premières victimes du mal logement. Non, non. Il s’agit avant tout de rationaliser. Mais oui.

Après tout, la demi-part sert bien à réduire les impôts des parents qui ont des enfants à charge. Et dans cette charge, qui niera que le logement représente le gros du budget pour des jeunes qui ont la chance d’être à la fois « enfant à charge » et « étudiant » ?

Sus au cadeau fiscal ! Il faut bien l’appeler par son nom, car contrairement aux prélèvements de plus de 50% qu’un peuple de gauche assoiffé de sang voudrait imposer aux gentils contribuables des tranches supérieures heureusement protégées par un bouclier en acier trempé, il s’agit bien ici d’un énorme cadeau fiscal presque indécent dans des temps difficiles. Il est redondant avec l’APL puisqu’il sert à la même chose : loger des étudiants qui n’ont pas un sous vaillant (ces feignants).

On divise et on oppose

M. Baroin rationalise et fait des économies. Il est donc un bon gestionnaire. Je vous disais bien que notre président savait desceller cette petite lumière mimétique cachée dans les plus obscurs recoins. La Méthode du président à la lettre : on divise et on oppose.

Les parents auront le choix (non, le gouvernement n’impose rien, non, non) : une perte de revenus pour eux ou une perte d’aide pour leurs enfants. Ce type d’alternative aura un effet certain : créer de l’angoisse et des conflits au sein des familles. Car ce choix est porteur d’un message « émotionnel » fort. Qui choisira de conserver sa demi-part en supprimant l’APL de son enfant ? Et qui sera capable de faire un calcul financier complexe pour évaluer ce qu’il convient « financièrement » le mieux de faire ?

Et voilà. Bon, personnellement, je ne mettrai finalement qu’une note de 8/10, parce que M. Baroin est certes un ministre doué et redoutablement rapide à comprendre la Méthode, mais il n’a tout de même pas été jusqu’à supprimer totalement l’APL, cette aide infernale qui ne profite qu’à une classe d’âge de privilégiés : les jeunes.

A suivre donc. Mais peut-être qu’un autre politique très doué lui aussi pourra relever et compléter ce défi. Il s’occupe du logement justement. Et il travaille studieusement à rénover les aides à l’habitat cet été…

Qui veut tuer la location ?

Mardi 22 décembre 2009

Trouvé : logement bon marché, bien situé, toutes commodités, spacieux, avec belle hauteur sous plafond !

Évidemment, je plaisante. Ça n’existe pas. Ou alors, il faut connaître la personne qui connaît la personne qui attribue les quelques très rares, très beaux et très convoités logements sociaux situés en centre ville (un conseil si vous souhaitez faire partie de ce petit cénacle : faites de la politique, ça fonctionne plutôt bien).

Pour bien se loger, il est aujourd’hui nécessaire d’y mettre le prix. Que ce soit en location ou en accession à la propriété d’ailleurs. En fait, ce n’est pas exactement la même chose : les aides à la location sont aujourd’hui bien moins importantes que les aides à l’acquisition.

Des aides dirigées vers l’acquisition au détriment de la location

Si vous êtes locataires et que vous avez la chance de répondre à tous les critères nécessaires vous pourrez alors bénéficier d’une aide personnelle au logement (l’APL ou l’AL). Vous étiez 26% à avoir cette joie en 2000, mais plus que 22% en 2008 parmi l’ensemble des ménages (comme le rapporte l’économiste Michel Mouillart). Et cette baisse s’explique directement par la diminution de l’effort de la collectivité qui a consacré 0,92% du PIB à ces aides en 1999 contre 0,76% en 2008.

A l’inverse, les aides à l’accession immobilière se sont considérablement renforcées : principalement par l’intermédiaire du doublement du prêt à taux 0% dans le neuf. Imaginez, vous achetez en couple avec un enfant en Ile de France pour la première fois un logement neuf : ce sont 50 000 € de prêt sans intérêt que vous octroie l’Etat. Magnifique ! Grâce à cela vous économiserez environ 100 € chaque mois sur vos mensualités de crédit sur 15 ans (soit 18 000 € de coût en moins).

Et ce n’est pas tout : il y a aussi la déductibilité des taux d’intérêt sur vos impôts, des aides locales (municipales ou régionales), le coup de pouce du 1% Logement, et même d’autres aides si vous réalisez en prime des travaux d’économie d’énergie.

Alors, pas de problème, non ? Nous verrons… Mais avant de voir, un premier constat : si les jeunes ont tant de difficultés à se loger (je ne parle même pas des jeunes « de banlieue » qui sont quasiment assignés à résidence chez leurs parents), c’est aussi parce que les aides à la location sont fortement désavantagées par rapport aux aides à l’acquisition. Est-ce normal ?

Et pourtant, il paraît qu’il existe un vieux principe en France qui prône le « libre choix » par chacun de son mode de logement.

Ce principe serait censé continuer à guider nos politiques publiques. La « France de propriétaires » du Président Sarkozy n’est pas nécessairement du même avis. Mais qui s’en plaindra ? Il est vrai que l’aspiration à devenir propriétaire est très largement répandue. La location est plus souvent une contrainte qu’un véritable choix.

Mais est-ce une raison suffisante pour diminuer les aides à la location ? Car, entre le « désir de » et la « capacité à », il y a un monde de strates de revenus. Toute acquisition sera probablement particulièrement difficile si vous n’avez pas un revenu supérieur à 1 600 € / mois ou un apport de plusieurs dizaines de milliers d’euros. Évidemment, vu comme ça, cela fait tout de suite beaucoup de monde à loger en location : 50% des ménages gagnent moins de 19 000 € en France.

Il est certes bel et bon d’aider les français à réaliser leur rêve de propriété, mais cela ne doit pas se faire au détriment de leur besoin immédiat : se loger en location sans y consacrer une part démesurée de leur revenu.

Mais comme rien n’est simple, il est possible que les aides versées aux locataires contribuent directement à renchérir les loyers et finissent par conséquent dans la poche des propriétaires…

Bon, on vise quoi alors ? Si vous avez des idées…

Lire aussi :

Les 8 grandes problématiques de la politique du logement