Archive pour la catégorie ‘Logements vacants’

La réquisition fait-elle mal au droit de propriété ?

Jeudi 25 mars 2010

D’un côté un droit massif, lourd, imposant, constitutionnel : le droit de propriété.

De l’autre, un petit droit, pas si vieux que ça, léger, changeant, et pas tout à fait constitutionnel : le droit de réquisition.

Attention, je ne suis pas juriste. Juste concerné.

Réquisition : le spectre révolutionnaire

Voilà de quoi effrayer le bourgeois : c’est un peu comme une nationalisation la réquisition. La fin du droit de propriété. La communisme dur. Et le goulag juste derrière ! Ne fermez pas les yeux, ce n’est qu’un blog.

De quel droit supprimerait-on ce droit essentiel à la stabilité de notre société ? Pour un droit supérieur ? Pourquoi pas : après tout, le droit à une vie digne, ce n’est pas mal non plus dans l’échelle des valeurs.

Et une vie digne, cela commence par un toit. Et quand il n’y a pas assez de toits, il faut… construire. Ok, construire plutôt que réquisitionner. C’est le bon ordre. Mais on peut quand même réquisitionner un petit peu aussi, non ? Pour compenser, en attendant que la construction se fasse (cela prend du temps ces petites choses). Vu la résistance du problème du mal logement, il est indéniable que toutes les solutions sont bonnes à prendre.

Le droit est donc recevable. Et le besoin est bien là.

Qui doit payer ?

Une réquisition, cela impacte une personne en particulier :  le propriétaire. Or, ce propriétaire, gentil a priori, n’a rien fait de mal. Il peut quand même vivre sa vie comme il l’entend. Alors pourquoi est-ce qu’on le forcerait à quoi que ce soit ? Ce ne serait pas vraiment juste.

Donc, on ne le force pas ? Bon, en fait, si on veut réquisitionner, il faut tout de même forcer un petit peu. Mais en restant raisonnable, n’est-ce pas. Pas de violence. Juste de la persuasion ferme.

Si vous êtes pour la réquisition, levez la main pour qu’on vous voit (c’est une figure de style, ma webcam ne fonctionne pas), et avec votre main libre plongez dans votre portefeuille pour prendre votre chéquier. Nous y sommes : pour réquisitionner dans les formes, il faut payer pour compenser une éventuelle perte de la part du propriétaire qui subit probablement un préjudice financier du fait de la réquisition. Alors, allons-y : tout le monde paye, donc c’est l’Etat qui s’en charge.

Faites-votre chèque à l’ordre du Trésor Public svp.

Merci.

Ouverture de la chasse aux logements vacants

Mardi 29 décembre 2009

Pourquoi est-ce que les préfets n’utilisent pas le droit de réquisition ? Probablement parce que ce droit, certes prévu par la loi, est perçu comme portant atteinte à un autre droit : celui de propriété. Et les préfets étant des hommes prudents, aucun ne s’est encore jeté à l’eau pour le mettre en oeuvre (bien que les circonstances le justifient amplement).

Voilà aussi pourquoi lorsqu’il a été utilisé, notamment en 1995 et 1996, il l’a été à l’initiative d’un échelon supérieur : le gouvernement lui-même. Et que dit le gouvernement à ce sujet ? M. Apparu, Secrétaire d’Etat au logement, a été clair sur le sujet : il n’y aura pas de réquisition. Il avance 3 arguments :

  • ça ne marche pas (bel argument synthétique !)
  • la solution n’est pas immédiate : les logements vacants le sont parce qu’il y a des travaux à faire qui prendront du temps
  • le droit de propriété est un droit constitutionnel « intangible » qu’il faut respecter (et qui serait donc bafoué par la réquisition)

Allez, je vais faire un effort d’imagination.

Me voilà propriétaire de plusieurs logements, dont quelques-uns sont vacants pour diverses raisons (disons par exemple que je ne souhaite pas payer les travaux nécessaires pour leur remise en état). J’hésite d’ailleurs encore sur ce que je vais en faire : vendre ou pas notamment. Aussi, je préfère les laisser vacants en attendant d’y voir plus clair dans mes finances et sur le marché immobilier.

Et voilà qu’un nouveau secrétaire d’Etat au logement, qui sait peut-être même un ministre de plein exercice, probablement gauchiste, m’ordonne de remettre ces logements en location sous un délai donné. Je refuse d’obtempérer. Il ne s’arrête pas là : réquisition ! Gasp. Mes bons petits logements se retrouvent occupés par des familles sans garanties, ni moyens, probablement très turbulentes, qui vont causer du tapage et dégrader encore plus mes habitations. Mais que fait la police ?!

Bon, face à une telle déconvenue, je change d’avis, je remets de l’ordre dans mes affaires, et décide de remettre en état un de mes logements et d’en vendre un autre. Mais comment faire puisque ces logements sont maintenant réquisitionnés ? Je subis un préjudice financier majeur (sans parler de mes sueurs froides et de mon préjudice moral) !

Ouf, on arrête là l’histoire, ça fait vraiment trop peur. Ou alors non ? Est-ce qu’il y a vraiment préjudice ? Oui et non. Non, parce que l’occupation de logements réquisitionnés donne lieu au versement d’un loyer (une indemnisation). Mais oui, pour plusieurs raisons :

  • le paiement de l’indemnité d’occupation est fragile du fait de la nature du public occupant qui n’a pas été choisi (loin s’en faut) par le propriétaire
  • il est possible que les lieux se dégradent effectivement faute de moyens des occupants pour effectuer de menus travaux réguliers
  • enfin, une réquisition dure un an et est renouvelable, le logement ne peut donc plus être revendu librement par son propriétaire

Par ailleurs, sur un plan macro, l’instabilité instaurée par un droit de réquisition réellement utilisé, risque de jouer négativement (mais à quel point ?) dans les décisions futures d’investissement des particuliers et des institutionnels (encore que pour ces derniers, pas vraiment, vu qu’ils se sont déjà retirés du marché – un bon sujet d’article à venir d’ailleurs).

Mais, à l’inverse, un ajustement de la législation sur les réquisitions pourrait renforcer la prévisibilité des règles, et engendrer un cercle vertueux de remise en location rapide et « spontanée » de la part des propriétaires. Que faudrait-il faire ?

Et bien, dans un premier temps, s’inspirer des expériences d’intermédiation locatives et des évolutions sur la garantie des risques locatifs, en accompagnant toute réquisition d’une assurance pour le propriétaire d’être payé (s’il le faut par l’Etat ou la collectivité territoriale directement). Y ajouter ensuite une garantie de remise en état à la sortie des lieux. Compléter enfin par une limitation stricte dans le temps de l’occupation au cas où le logement serait revendu, avec charge pour la puissance publique de reloger les occupants.

Et pour rendre tout ceci fortement incitatif, on pourrait prévenir les propriétaires que la réquisition devient un instrument « normal » d’action après un certain délai de vacance (un an et demi ?), et augmenter tout de suite la taxe sur les logements vacants de manière à ne pas instaurer de palier temporel de remise sur la marché.

Mais rappelez-vous, la statistique publique sur le sujet des logements vacants est particulièrement faiblarde. Qui identifiera alors les logements vacants ? Je ne sais pas ce que vous en pensez, mais au vu des actions récentes de plusieurs associations sur le sujet (voir notamment celle du DAL sur la place des Vosges à Paris), il est possible que des « repérages collectifs » puissent fonctionner correctement. L’ANAH, qui n’est pas complètement étrangère au sujet, pourrait ensuite vérifier auprès des propriétaires depuis combien de temps le logement « repéré » est vacant.

Alors, on ouvre la chasse aux logements vacants ?

Il reste à discuter de l’aspect « droit constitutionnel intangible » de M. Apparu que je trouve très intéressant dans le contexte des droits sociaux européens signés par la France, ou encore plus près de nous dans la perspective ouverte par la loi DALO (qui contient le mot « droit » dans son titre, non ?). Une prochaine fois…

Lire aussi :

La réquisition des logements vacants : une solution efficace

La réquisition de logements vacants : une solution efficace

Lundi 28 décembre 2009

La réquisition de logements vides est possible en droit, et à la main des préfets : elle est prévue dans plusieurs articles du Code de la Construction et de l’habitation (notamment les articles L641-1 et suivants, et L642-1 et suivants). Mais elle a été très rarement utilisée (en 1995 pour 448 logements, en 1996 pour 571 logements, et dernièrement en 2001 pour 445 logements). Et de nombreux essais de réquisition en local ont été attaqués et défaits devant les tribunaux.

Pourtant la crise du logement s’est aggravée et la prise de conscience publique s’est semble-t-il accrue (ce qui a permis notamment de voter la loi DALO).

La réquisition serait-elle une « mauvaise solution » pour atténuer le mal logement en France ?

Tout d’abord, de combien de logements vacants parle-ton ? Les statistiques officielles sur ce sujet sont rares et anciennes : 2004 pour l’INSEE. L’Agence Nationale de l’Habitation mentionne néanmoins dans son Mémento de l’habitat privé de novembre 2009 des chiffres de 1,2 millions de logements libres depuis plus d’un an et 900 000 depuis moins d’un an en France. Cela fait donc un certain nombre de logements a priori « réquisitionnables ».

A priori, parce qu’une partie de ces logements ne sont pas remis sur le marché faute de présenter des normes de confort ou de décence suffisantes, ou encore parce qu’ils sont impropres à l’habitation (c’est le cas par exemple pour les réserves utilisées pour le stockage au-dessus de certains magasins et qui n’ont pas d’entrée autonome). Une autre fraction correspond aux délais inévitables de remise en location suite à un départ. Viennent ensuite les logements engagés dans des procédures juridiques en cours de traitement, généralement dans le cadre de successions. Restent enfin des logements vacants depuis longtemps, et qui sont en état d’être habités ou ne nécessitent que des travaux très limités. Les logements inoccupés effectivement et immédiatement réquisitionnables sont donc probablement au moins plusieurs dizaines de milliers (je ne connais pas d’estimation précise sur ce sujet…).

De quoi loger du monde, en dépit de ce qui peut être dit à propos d’un taux de vacance structurelle qui s’établirait autour de 7% du parc de logement (son niveau actuel). Il ne s’agit pas de la solution miracle (celle-là, on la connaît, c’est construire des logements abordables), mais ce n’est pas négligeable étant donné la lenteur de toute nouvelle construction. Voilà donc une solution rapide, et immédiatement disponible pour répondre au mal logement.

Alors qu’attendent les préfets ? Et le gouvernement ?

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