Archive pour la catégorie ‘Sans domicile fixe’

Politique du logement d’urgence : y a-t-il assez de places d’hébergement pour les sans-abris ?

Mercredi 6 janvier 2010

C’est ce que prétend le Secrétaire d’Etat au logement, M. Apparu, lors d’une émission le 22 décembre sur France 5, lorsqu’il compare le nombre des places disponibles (108 000 toute l’année), et qu’il vante qu’il n’y a aucun refus pour les appels au Samu social (le 115), alors que le nombre des sans-abris est estimé à 100 000.

Selon lui toujours, le plan d’humanisation a fonctionné : 2% de dortoirs, et 60% de chambres individuelles ou à deux.

J’avoue rester perplexe face à ces chiffres :

  • Cela ne cadre pas avec ce que tout le monde peut voir dans les rues : j’ai l’impression de croiser toujours plus de sans-abris, même en hiver
  • Comme je l’indiquais dans un précédent article sur les SDF, une enquête sur la région lyonnaise menée en septembre 2008 a montré que 87% des personnes qui devraient bénéficier d’un hébergement n’en ont pas fait la demande ou n’ont pas reçu de réponse adéquate : cf. Plus aucun SDF en France ! Il est très peu probable que la situation se soit sensiblement améliorée en si peu de temps alors que les budgets alloués n’ont pas évolué sensiblement

Mais alors, d’où vient le décalage ? Les places disponibles seraient-elles non utilisées, mal situées par rapport à la demande, ou alors utilisées mais par d’autres publics qui ne sont pas recensés dans les 100 000 SDF ?

Mystère…

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Mardi 8 décembre 2009
SDF assis

Partout dans la rue...

Il y existe une tentation récurrente consistant à refuser de mettre en place des actions « urgentes » pour mieux viser une solution « durable ».

Cette belle loi s’applique splendidement au cas des SDF : ne pas construire davantage d’hébergements, qui ne sont que des soins palliatifs temporaires et dérisoires face à un mal persistant, car il faut avant tout des logements fixes, durables, bien ancrés dans le dur.

Mais comme construire prend du temps, et que décider de le faire n’est pas trop rapide non plus, les sans abris ont largement le temps de continuer à souffrir en silence.

Et si ce n’était qu’une question de temps. Mais ce n’est pas tout, il faut aussi prendre en compte le déficit de logements. Car, le manque de logements est abyssal, et l’effort de construction encore très loin de contribuer à le résorber : il faudrait 500 000 nouveaux logements par an (d’après les principales associations et le Ministère lui-même) alors qu’il s’en construit actuellement moins de 400 000. Résultat : le déficit continue à se creuser. Ce qui veut dire que les publics en attente « urgente » d’un logement décent dépassent très largement le périmètre des SDF.

Il est donc bien illusoire de penser que des solutions « durables » pourront être mises en place dans un temps inférieur à une dizaine d’année (je suis optimiste) pour loger les sans abris.

Enfin, il y a encore deux autres arguments qui s’opposent à cette « procrastination de l’idéal » :

  • Les SDF ont très souvent des besoins d’accompagnement en termes de suivi psychologique et médical qui sont mieux pris en charge par les structures spécifiques de l’hébergement que par des logements sociaux classiques
  • Notre société continuera malheureusement probablement longtemps à produire de l’exclusion : éclatement des structures familiales, précarisation accentuée des conditions de travail, et durcissement des conditions d’accueil des immigrés alors que les pays pauvres s’enfoncent davantage dans la misère

Construire des places d’hébergement bénéficiant de travailleurs sociaux bien formés pour réinsérer les grands exclus est donc la seule solution véritablement durable.

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Lundi 30 novembre 2009

Des solutions dignes ?

Des solutions dignes ?

Une estimation haute pour répondre aux besoins des sans abri s’élèverait au grand maximum à 1,5 Md€ : un tel coût est loin d’être insurmontable.

Un budget opérationnel raisonnable correspondant à ce chiffrage représenterait 300 M€ additionnels chaque année sur une période de 5 ans. Une durée qui n’est pas innocente : celle d’une mandature présidentielle. L’étalement d’un tel programme sur plusieurs années permettant par ailleurs d’ajuster les moyens à mesure que l’évaluation des besoins et de l’impact des mesures prises se fait plus précise.

Voilà un beau programme pour qui voudrait y consacrer les moyens nécessaires : plus aucun sans domicile fixe en France sous 5 ans. Et pourquoi pas un nouvel impôt à usage ciblé sur cette thématique si la marge budgétaire ne pouvait pas être libérée ? Soit 15 € maximum d’impôt nouveau par foyer imposable en moyenne chaque année sur 5 ans.

Mais alors, pourquoi n’agissons-nous pas ? Les hommes politiques ne sont pas les seuls à blâmer, même s’il est vrai que les SDF ne font pas partie des électeurs les plus courtisés…

Il nous revient à tous de faire entendre cette nécessité : plus aucun SDF en France.

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Plus aucun SDF en France

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Plus aucun SDF en France !

Vendredi 27 novembre 2009
Sans abri au sac

Partout dans la rue...

Que choisir au sein des différentes problématiques du logement ? Lesquelles privilégier ?

Il y a certains aspects du mal logement qui devraient être susceptibles d’emporter un consensus relativement simplement : en particulier les situations où la santé voire la vie des personnes est directement en danger.

Il s’agit principalement du cas des sans domicile fixe (SDF) et des logements insalubres. Ces situations sont d’autant plus inacceptables que les réponses à y apporter n’emportent comparativement pas les moyens les plus lourds.

Parlons donc des SDF.

La Fondation Abbé Pierre, le Conseil d’Etat et la plupart des spécialistes s’accordent sur un nombre d’environ 100 000 SDF en France. Loger et accompagner ces personnes fragiles nécessitent de disposer de davantage de structures d’accueil, et de travailleurs sociaux en nombre suffisant pour réussir des réinsertions souvent difficiles. Alors, combien cela coûterait-il ?

L’évaluation des coûts nécessaires pour résoudre le problème des SDF n’est pas simple.

Certes, mais il est tout de même possible de se donner un ordre de grandeur maximum : disons qu’une place d’accueil avec un accompagnement social et administratif adéquat coûte 15 000 € (source : rapport au Sénat sur la cohésion sociale de 2004 de Mme Létard et M. Souvet), le budget maximum à mobiliser serait alors de 1,5 Md€.

Cette évaluation est certainement fortement surévaluée pour plusieurs raisons :

  • D’une part les 100 000 SDF sont pour certains d’entre eux dans cette situation depuis plusieurs années, leur nombre ne se « renouvelle » donc pas tous les ans. Un traitement étalé sur plusieurs années permettrait donc de diminuer le nombre total d’hébergements nécessaires.
  • Et d’autre part, une partie des SDF sont déjà pris en charge par le système d’accueil actuel. Toutefois, personne ne sait aujourd’hui combien des SDF recensés font déjà appel aux places disponibles durant l’année : le nombre de SDF non encore pris en charge par le dispositif actuel est par conséquent inférieur à 100 000. Cependant il ne faut pas attendre de diminution forte des besoins par ce biais. En effet, une étude menée en septembre 2008 par la région lyonnaise a montré que 87% des personnes qui devraient bénéficier d’un hébergement n’en ont pas fait la demande ou n’ont pas reçu de réponse adéquate.

En résumé, il est nécessaire d’estimer bien plus précisément le coût associé à ce problème : avis à toutes les bonnes volontés et à toutes les bonnes idées !

Lire la suite :

Financer un programme ambitieux d’aide aux sans-abris n’est pas une folie budgétaire

Le vice de l’idéal au détriment des sans-abris

Les 8 grandes problématiques de la politique du logement

Jeudi 19 novembre 2009
Ouvrir une perspective dans le mal logement

Nouvelle perspective logement

Le logement va mal. Qui pense le contraire aujourd’hui ?

Très bien, sauf qu’il ne semble pas que cela change quoi que ce soit, non ? Toutes sortes de propositions intéressantes ont déjà été faites pour aider à soigner le mal. Beaucoup de bruit pour rien. Car au-delà des mots et des analyses, il manque toujours le principal : des moyens !

Problème budgétaire donc. Oui, mais si nous n’allouons pas assez de fonds au logement c’est bien que nous ne sommes pas convaincus de la nécessité de le faire, n’est-ce pas ? Après tout, s’il existait un consensus bien établi sur la question, nos politiques et gouvernants s’empresseraient d’y répondre favorablement j’espère. N’y a-t-il pas un peu d’hypocrisie collective la-dessous ? A voir…

Qu’est-ce qui fait que l’accord général sur le mal ne se traduit pas par des moyens correctement dimensionnés ?

Pas simple.

Présentons mieux le malade pour comprendre l’étendu de son mal :

  • Les sans abri ne cessent d’augmenter
  • De nombreuses personnes vivent dans des appartements trop petits, et payent trop cher leur loyer ou leur crédit immobilier.
  • L’accession à la propriété, aspiration largement répandue, est encore impossible pour une large partie de la population, y compris au sein des classes moyennes.
  • La mixité sociale, source de cohésion de notre société, se heurte trop souvent à nos contradictions.
  • Le nombre des habitations insalubres présentant un danger certain pour leurs habitants (amiante, plomb, incendie, chutes) est encore trop élevé.
  • La consommation et la déperdition d’énergie des logements est gigantesque et contribue sensiblement à détériorer notre environnement.
  • Sur un autre plan, plus long, nos modes de vie évoluent, les couples se séparent, les familles se recomposent, ce qui modifie sensiblement les besoins en nombre et en types de logements.
  • Enfin, il faudra bien loger dignement nos parents vieillissants et leur apporter l’accompagnement affectif et médical dont ils ont besoin.

Toutes ces priorités nous interpellent en même temps, et appellent des réponses spécifiques qui ne se recoupent pas nécessairement. Autant de moyens à allouer. Mais les fonds manquent, évidemment. Et il y a tant d’autres priorités à gérer : chômage, santé, éducation, sécurité…

Difficile de choisir. Pourtant il y a forcément des cas plus simples à trancher que d’autres…

Vous en connaissez vous ?